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Des retenues d’eau naturelles pour éviter les inondations

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Des retenues d’eau naturelles pour éviter les inondations

Nandrin est une jolie commune liégeoise vallonnée mais avec ses 100 mètres de dénivelé, c’est aussi une cuvette… En 2018, un petit ruisseau se bouche : la grand-place est sous 30 cm d’eau. En 2021, la région est à nouveau victime de grosses inondations. Nandrin y échappe. Qu’est-ce qui a changé ?  

La problématique des inondations et de l’égouttage à Nandrin n’est pas nouvelle. L’urbanisation intense qu’elle a connue, résidentielle puis commerciale, rend les sols moins perméables. De plus, en raison du réchauffement climatique de ces dernières années, le régime de précipitations dans la région s’aggrave. Dans le futur, l’augmentation pourrait atteindre 25% du volume actuel.

Lors des inondations de 2018, reconnues par la Région Wallonne en tant que calamité naturelle, la place est sinistrée. En cause, un bouchon au niveau d’un tout petit ruisseau qui passe sous l’administration. Les autres cours d’eau ne suivent plus le volume des précipitations et la tour du château voisin subit des dégâts aux annexes, construites sur des douves. Motivant un défaut de mesures et une lenteur dans leur mise en place, le propriétaire intente une action contre la commune.

L’heure est à la prévention

Une étude menée en 2017 à la commune de Nandrin avec l’université de Liège et la faculté agronome de Gembloux fait apparaître les zones inondables et propose des solutions techniques. « Nous optons pour des aménagements légers s’intégrant dans le paysage et choisissons un bureau d’études qui connait les agriculteurs et leurs contraintes… », entame Michel Lemmens, Bourgmestre de Nandrin : « A l’issue d’une procédure certes longue et lourde, nous installons des mini zones de rétention chargées de temporiser la concentration des eaux en aval à Saint-Séverin, alors prioritaire, et à Villers-Le-Temple, communes de l’entité. Ensuite, c’est le tour de 3 autres zones en amont de la place Musin du centre de Nandrin. Ces ‘zones d’immersion temporaires’(ZIT) sont situées dans des zones de prairies /cultures entre la place et la route du Condroz, en haut de la commune, dont la surface imperméabilisée génère un flux de ruissellement rapide. »

3 ans plus tard, ce sont 130 litres/m² sur 3 jours-qui s’abattent sur la région. Cette fois, les pluies torrentielles épargnent la commune. Les premiers bassins mis en place sur Nandrin prouvent leur efficacité : après avoir presque atteint sa limite de débordement, le premier est fermé manuellement quand le second prend le relais. Une belle réussite alors que les chiffres parlent d’une quantité égale à 70% du volume de précipitations enregistré dans les vallées de l’Ourthe et de la Vesdre.

Un aménagement plutôt léger et un paysage préservé

Nandrin reçoit, comme toutes les communes, des subventions de la région wallonne et prévoit de construire 6 zones supplémentaires. « Aujourd’hui, 65% du territoire est protégé. Des points particuliers apporteront une marge de sécurité supplémentaire. Les nouveaux commerces de la route du Condroz sont aussi priés d’installer des mini barrages chez eux, telles des citernes enfouies qui s’ajouteront au système de prévention », soutient le Bourgmestre de l’entité.

Pour réaliser ces ouvrages, il a fallu trouver en amont des terrains creux de quelques 6 000 m3 (l’équivalent de 200 camions de 30 tonnes). Un endroit impactant peu de propriétaires et d’exploitants, où l’ouvrage puisse se réaliser sans frais excessifs et où l’agriculteur puisse maintenir ses activités.
L’étude des flux hydrologiques révèle les axes de ruissellement des eaux de surface et une carte des pentes est réalisée. « Les aménagements sont plutôt légers, l’installation est simple et se fond dans le paysage, avec le gros avantage que les terres restent exploitables ou pâturables », précise Pierre Jamaigne, Directeur Général de la commune qui ajoute : « Comparé aux dégâts et aux risques de condamnation en RC, l’investissement n’est pas gigantesque : entre 30 000 et 70 000 euros par ouvrage, selon la taille et les mouvements de terre à réaliser. »

La lenteur vient de la complexité administrative

C’est entre la désignation de l’endroit et la réalisation concrète que cela devient long et complexe parce qu’il faut rencontrer les propriétaires des terres, négocier l’acquisition de leur terrain ou conclure une servitude afin de l’entretenir.
« 6 ans pour préparer la réalisation des 3 premiers projets ! Si vous me demandez ce que j’aurai amélioré, c’est bien la rapidité », poursuit le Bourgmestre : « Sans y avoir participé, tout le monde ne peut comprendre que si l’on décide aujourd’hui d’acheter un terrain pour y installer des digues, nous sommes partis pour 2 ans de procédure : contacter les agriculteurs, obtenir les permis, lancer les marchés publics, conclure les contrats et gérer les droits de péremption, demander les subventions, etc. »

Convaincre un premier propriétaire au bienfait de la retenue d’eau

« Un grand pas est réalisé lorsque nous obtenons notre premier candidat, tout aussi attaché à ses terres mais plus sensibilisé que les autres. Il nous permet d’illustrer que c’est une bonne chose d’installer sur son terrain une zone de rétention », argumente Pierre Jamaigne .
« Car tout le monde y gagne. La commune réalise son projet, les habitations sont sécurisées, le propriétaire reçoit une indemnité et l’agriculteur, en cas d’inondation, une compensation pour pertes de culture. Les pentes de l’ouvrage sont douces, la digue est végétalisée, on n’y plante que des herbacées et des fleurs, pas de racines d’arbre qui fragiliseraient la structure. Si rien ne se passe, le bétail peut donc y brouter en toute tranquillité. S’il se remplit d’eau, les bêtes le sentent et s’en éloignent. En moyenne il faut 24h pour qu’il se vide dans les ruisseaux en aval. Et le barrage naturel freine l’érosion des terres. »

‘Après en avoir ri, les habitants m’ont remercié’

La période est à la contestation, déplore le Bourgmestre de Nandrin, confronté à deux types de réaction, la panique des riverains qui s’imaginent un barrage en béton ou la moue moqueuse des sceptiques : « Cela a été pareil lorsque nous avons fait notre digue de ballots de paille, pourtant, elles retiennent l’eau et la boue. Mais, lorsqu’en juillet 2021, ils voient les zones d’immersion se remplir et le débit des ruisseaux rester sous contrôle, leur expression n’est plus la même. Ils ont compris. »

Les 6 prochaines zones d’immersion devraient pouvoir s’achever dans un délai raisonnable. Pour le citoyen inondé, ce sera toujours trop long. « Bien-sûr, je ne le verrai sans doute pas aboutir. Mais nous veillons à ce que nos dossiers soient bien instruits pour éviter leur remise en question en 2024 par la prochaine majorité. Je suis confiant, l’heure n’est plus au scepticisme de départ », clôture le Bourgmestre Michel Lemmens.

Nandrin, un exemple pour les autres communes ?

Dans la lutte contre les effets dévastateurs des inondations telles que nous les avons connues sur la Vesdre en juillet 2021, il y a plusieurs solutions à même de ralentir l’eau et de favoriser son infiltration dans le sol, des plus générales au plus locales : zone d’immersion temporaire (ZIT) ou d’expansion de crue (ZEC), bassin d’orages, citerne tampon…

« Toutes ces mesures visent d’abord à réduire le pic de crue » commente Philippe François Descamps Attaché qualifié au Service Fédéral Wallonie. Des ZIT sont créées à Nandrin ainsi qu’à Braine-l’Alleud, Jodoigne, Hannut, Braine le Château, Ghoy, Gaesbeek… 
Ce type d’ouvrage n’est pas généralisable à n’importe quelle commune qui subit des inondations. « Il s’agit aussi de trouver assez de terres inondables non urbanisées en amont de la zone à protéger. »

Vos investissements intéressent AXA

Les ‘Catastrophes naturelles’ font partie des périls assurés dans vos polices Incendie, les assureurs comme AXA sont donc bien entendu sensibles à la fréquence des inondations. Tous les efforts réalisés par les pouvoirs locaux sont de nature à réduire l’ampleur des dommages potentiels liés à ce type d’événement. Informer votre assureur de vos initiatives contribue à augmenter l’assurabilité de vos risques et à renforcer le partenariat.

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