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Les coûts cachés d’un accident du travail. Est-il possible de les réduire ?

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Les coûts cachés d’un accident du travail. Est-il possible de les réduire ?

De nombreuses études se sont intéressées au coût des accidents du travail, qu’elles catégorisent souvent en fonction de critères comme coût assuré / non assuré, direct / indirect, externe/ interne, voire matériel / immatériel…

L’image de l'étang est très parlante : l’impact d’un accident du travail est comparable à l’effet d’une pierre jetée dans l’eau.  Il provoque des remous qui se propagent dans toute l'organisation. Certains impacts peuvent être lourds et se prolonger longtemps après le sinistre. Plus l’onde de choc s’élargit, et donc s'éloigne du point d’impact de la pierre, moins le lien entre les deux est visible.

Coûts cachés et non assurés

Lorsqu’un accident du travail se produit, les coûts ne se limitent généralement pas aux montants indemnisés par l’assurance. Il y a également plusieurs coûts qui ne sont pas assurés.

Nous oublions trop souvent toutes les conséquences indirectes de l’accident telles que désorganisation, matériel endommagé, impossibilité de continuer à travailler, malaise face à l’accident, coût de la gestion administrative, heure(s) supplémentaire(s), … à payer.

Ces conséquences indirectes (les coûts cachés) peuvent être comparées à la partie immergée de l’iceberg, qui est bien plus grande que le bloc de glace que l’on aperçoit.

Dominique Jacques, préventionniste chez AXA : « Il s’agit notamment de tout ce qui est immatériel. La charge du travail se reporte sur les autres et si, pour certaines fonctions, il manque quelqu’un, le bon fonctionnement de l’ensemble pourrait s’en ressentir et au final, le service à la population se détériorer. Des travaux doivent être décalés ou confiés à l’extérieur. Avec pour résultat, l’insatisfaction de la population en cas de retard dans le service communal, la perte d’image de marque d’une école par exemple. Après, il s’agit de récupérer la confiance… ». Le propre des coûts cachés est qu’ils découlent automatiquement d’un accident, ce qui provoque des réactions en chaîne.

Comment évaluer le coût total ?

Evaluer l’ensemble du coût d’un accident est fastidieux et pose question. La grille des coûts proposée par Jacques Charbonnier (téléchargeable ci-dessous au format PDF) peut déjà grandement faciliter le travail du conseiller en prévention en charge de collecter toutes les composantes du coût. Dans ce tableau à double entrée, figurent les 8 principales sources de coûts, avec leurs subdivisions ainsi que les personnes potentiellement concernées par l'accident.

Certes, c’est difficilement chiffrable et forcément général, mais globalement, dans le privé, on estime que le total de ces coûts indirects atteindrait 2 à 4 fois le coût direct.

Illustration par un cas concret

Malgré toutes les précautions prises, un accident du travail se produit au service Plantations de la commune. L’agent, au volant d’un tracteur-tondeuse, est en pleine manœuvre pour descendre l’engin du camion. Des rampes sont prévues à cette fin mais, sans raison, l’une d’entre elles glisse, le tracteur bascule et entraine le conducteur. Résultat : une jambe cassée et plusieurs semaines d’arrêt de travail.

Votre première pensée va à la victime. Une fois le choc passé, dans votre cerveau gauche défilent une à une les autres conséquences de l’accident. Vous faites mentalement vos calculs : cet accident va coûter ! Voici à peu de choses près le scénario que vous imaginez…

Dans les minutes qui suivent, le responsable de la victime appelle et attend les secours : 30 à 60’ minimum. Au service Plantations, les 5 collègues de la victime, avec le responsable, réagissent (2h x 6) : parer au plus pressé (sécuriser la zone, la nettoyer) puis réorganiser le travail en se répartissant les tâches urgentes. L’activité du service s’en voit ralentie.

Il faut ensuite rédiger la déclaration d’accident avec le responsable hiérarchique, la relire : environ 2 h. Puis le service du personnel doit l’encoder : 1h.  Plus tard, l’analyse de l’accident est menée par le conseiller en prévention : se rendre sur place, examiner le matériel, 2 h d’entretien avec la personne blessée et avec l’équipe, 1 h x 6 (5 collègues + le chef).

L’accident provoque aussi des dommages matériels : le tracteur-tondeuse est irrécupérable et la rampe est à remplacer. Encore 2 heures de perdues !

En outre, vu l’accident, vous recevez la visite du Contrôle du Bien-être au travail. Et là, on peut être parti pour plusieurs heures, sans oublier les éventuelles implications juridiques.

Dans cet exemple, essayons de chiffrer ce qui est quantifiable.

Tous ces coûts mis ensemble sont bien supérieurs au coût direct lié à la victime, indemnisé par l’assurance accidents du travail.

Voici à quoi peut s’élever le total des coûts cachés :

  • Pour le responsable de la victime : 326 €
  • Pour les 5 collègues : 272 €
  • Pour l’employé du service du personnel : 68 €
  • Pour le conseiller en prévention : 170 €
  • Un tracteur-tondeuse : environ 2500 €
  • Une nouvelle rampe : 70 €

Soit un total de 3406 € (minimum minimorum)

Stopper l’hémorragie des coûts ?

Un accident du travail coûte de l’argent mais, face aux coûts indirects, les coûts directs ne pèsent souvent pas bien lourd.

Ces coûts indirects ne sont pas couverts par les (ré)assureurs et restent donc directement à charge de l’organisme public. La meilleure manière de les réduire est d’éviter qu’un accident ne se produise.

Un organisme public qui parvient à améliorer ses statistiques de sinistre en retire un avantage par la qualité des offres qu’il obtiendra dans ses marchés publics d’assurance, mais aussi en termes d’image auprès de la population.

La prévention est plus que jamais nécessaire pour éviter les accidents du travail et les souffrances qui en découlent mais aussi pour maîtriser les coûts qui y sont liés.

Matrix charbonnier

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